Viv Lab Rigid Float Ha

La revanche des petits bras !

Bras Viv Lab Rigid Float
 

L’acte de décès officiel du vinyle étant paru dans les années 80, il est toujours aussi étonnant de constater l’activité des constructeurs dans ce secteur. Les produits n’ont jamais été aussi nombreux, sophistiqués et performants. Au-delà des effets d’annonces, rares sont les idées réellement neuves et les nouveautés « révolutionnaires » se contentent trop souvent de recycler quelques techniques oubliées. Dans ce contexte, il est extrêmement rafraîchissant de rencontrer un produit aussi parfaitement iconoclaste que le bras Viv Lab Rigid Float.

Rassurante également la jeunesse de son concepteur Koichiro Akimoto car, en matière de lecture analogique, nous nous étions habitués à voir le meilleur de la production japonaise émanant du savoir-faire et de la longue expérience de vieux sages ayant fait leurs armes au sein de marques prestigieuses souvent disparues. On savait déjà que la jeunesse découvrait avec enthousiasme les joies du vinyle, on sait maintenant qu’elle essaie également d’en améliorer ses performances, et c’est une excellente nouvelle pour l’avenir de notre passion commune ! Koichiro Akimoto ne semble pas dépourvu d’imagination et son jeune âge est peu être l’une des raisons de l’originalité de son approche et du regard neuf qu’il porte sur la haute fidélité. On lui doit déjà les superbes enceintes Evanui Signature III qui, si elles reposent sur le très connu principe du haut-parleur large bande, l’exploitent de manière là encore très originale.

Viv-Lab-Rigid-Float-Ha-9-Feickert.jpg S’il ne ressemble à rien de connu, le bras Rigid Float remet tout de même au goût du jour un principe ancien qui remonte aux origines de la lecture analogique, antérieur même à l’apparition des alignements les plus utilisés. Ces derniers, dont le plus courant est dû à Baerwald, remontent aux années 40 et reposent sur l’association principale de deux recettes : overhang et offset.

Quelques éclaircissements à l’attention des “newbies” du vinyle

Les alignements « classiques » (réglage du bras et de la cellule) imposent une position de la tête de lecture qui, lorsque le bras est amené au niveau de l’axe du plateau de la platine, voit le diamant dépasser ce dernier (overhang), généralement d’une valeur de plus ou moins 15 mm. Les bras utilisant ces alignements possèdent tous une forme permettant d’orienter l’axe longitudinal formé par le levier porte diamant (cantilever) vers l’intérieur du plateau (offset). Ceci est permis par la forme du bras (courbe, en S ou en J) ou, dans le cas d’un bras droit, par une coquille porte cellule désaxée. Cet offset tourne toujours autour d’une valeur moyenne de 20°. L’avantage de cette géométrie particulière est de réduire au maximum l’inévitable erreur de suivi de piste provoqué par la lecture d’un sillon formant une spirale depuis un bras radial. Car, sur un bras pivotant classique, il est évident que l’angle formé par le cantilever et la tangente au sillon varie tout au long du cheminement du diamant à l’intérieur du sillon, introduisant une erreur plus ou moins importante. La seule façon d’éliminer cette erreur est l’utilisation d’un bras à déplacement linéaire, dit « tangentiel », le cantilever se trouvant dans ce cas constamment superposé à la tangente du sillon.
Baerwald a donc réussi avec cette géométrie particulière à contenir dans des valeurs acceptables cette erreur de lecture qui se trouve être nulle en deux points de la plage utile d’un disque de 30 cm… et maximale en trois autre points. Soit, au début de la plage utile du disque, à mi parcours et à proximité du label central. Les protractors disponibles sous des formes plus ou moins sophistiquées sont les gabarits indispensables au réglage précis de ce type d’alignement.

bearwald-alignement.jpg Le bras droit (sans offset) a depuis connu un regain d’intérêt grâce aux DJs qui l’utilisent pour scratcher. Il était la norme avant l’apparition des alignements de type avec offset et, dès cette époque, des études avaient démontré que l’erreur de lecture minimale était obtenue en adoptant un positionnement du diamant en retrait de l’axe du plateau (underhang). Dans le cas d’un bras droit réglé avec un underhang, l’erreur de lecture est minimale en un seul point plus ou moins situé à mi chemin de la plage utile du même disque de 30 cm. Celle-ci augmentant en négatif ou en positif selon que la tête de lecture se trouve proche du début du disque ou près du label et se trouve donc maximale en deux points du disque. Elle est donc globalement plus importante qu’avec un alignement de type Baerwald. C’est la raison pour laquelle celui-ci est devenu le standard pour le matériel haute fidélité.
Il va de soi que, quelle que soit la méthode d’alignement, plus la longueur du bras augmente, moins l’erreur de lecture est importante puisque l’angle formé par l’axe longitudinal de la cellule avec la tangente du sillon au point de lecture se ferme au fur et à mesure que le bras s’allonge. D’où l’intérêt des bras de 12“ et des bras de l’époque allant jusque 16“.

Mais çà, c’était avant le Rigid Float !

viv-lab-feickert.jpg Si Koichiro Akimoto s’est intéressé à cet alignement délaissé, c’est que le bras droit présente l’énorme avantage par rapport aux bras avec offset, de ne pas être attiré vers le centre du plateau (skating) durant la lecture. Pour lui, l’impossibilité de contrer efficacement ce phénomène via les dispositifs anti-skating engendre finalement plus de distorsion que l’augmentation de l’erreur de lecture liée à l’absence d’offset. Difficile de valider, ou d’invalider une telle affirmation sans se lancer à son tour dans une série de calculs et d’essais qui dépassent largement le cadre d’un simple test, même si l’on peut légitimement se demander pourquoi Monsieur Baerwald, qui n’avait pas l’air d’être un idiot, se soit fait tellement de nœuds au cerveau pour aboutir à une géométrie aussi complexe, alors qu’un simple bras droit aurait suffit ? Il faut aussi dire que les cellules de l’époque étaient toutes à très faible compliance avec des forces d’appui de plus de 5 g et que, dans ces conditions, il paraît assez légitime de ne pas se soucier du skating. Et Koichiro Akimoto continue de nous étonner en nous proposant le choix entre trois modèles de longueurs différentes, un 7“, un 9“ et un 13“… Alors que Monsieur Baerwald nous a pourtant dit que 8“ est la longueur minimale pour un bras digne de ce nom. Mais, quitte à briser les règles, autant faire table rase !
Il semblerait d’ailleurs que l’originalité de l’alignement utilisé par Viv Lab ait amené certains à penser qu’il permettait également de proposer des bras aussi courts que 7“ (175 mm), mais il n’en est rien. Comme avec les autres alignements avec offset, l’angle formé par le cantilever et la tangente du sillon, et l’erreur de suivi de piste en résultant sont inversement proportionnels à la longueur du bras utilisé. Alors pourquoi un bras de 7“ ? Certainement pour la simple raison qu’un bras de cette longueur occupe sur une platine le même espace qu’un bras de 10“ du fait de la présence d’un underhang… Une donnée dont il faudra tenir compte au moment du choix.

Un pivot 100 % liquide

J’ai toujours ressenti une certaine méfiance vis à vis des bras unipivot. Le seul que j’ai possédé était un Audiocraft dont l’amortissement huileux avait, d’après mes souvenirs, tendance à légèrement sur amortir tout ce qui le traversait. Les modèles comme les VPI qui n’ont recours à aucun amortissement paraissent quant à eux beaucoup plus inquiétant. A l’arrêt, ça branle de tous côtés, à croire que le bras est cassé…
Dans ces conditions, la vue du Rigid Float baignant dans l’huile, sans autre lien avec le monde extérieure qu’un fragile câble phono, n’était pas censée déclencher chez moi un grand élan d’enthousiasme… Et je ne pouvais pourtant m’empêcher d’éprouver de l’intérêt pour ce drôle de bras. Il faut dire que le Well Tempered dont l’inspiration est très proche, m’avait laissé d’excellents souvenirs. Il exploite la même idée mais en propose une mise en œuvre beaucoup moins aboutie, puisque qu’il conserve un lien mécanique avec son support.
L’idée simple et géniale de Koichiro Akimoto est d’utiliser une huile magnétique ayant l’apparence du ferro fluide, d’un noir aussi brillant que le pétrole brut. Elle prend place dans une large cavité concave aménagée dans l’embase du bras, à l’aplomb de la face inférieure du pivot de bras de forme convexe. Les propriétés magnétiques de l’huile font que celle-ci reste concentrée et également répartie autour du pivot qui se pose ainsi sur un matelas liquide l’isolant de la base du bras. Il semblerait également qu’un aimant périphérique plus large et monté en opposition de polarité contraigne le bras à s’auto-centrer.
Comparée à la force que peut exercer le cantilever, la masse élevée que représente ce large pivot est infiniment plus importante et doit constituer, malgré l’absence d’encrage mécanique, une référence extrêmement stable. La stabilité latérale de l’ensemble est renforcée par deux masselottes réparties de part et d’autre du pivot, à la manière d’un bras Lurné.

viv-lab-rigid-float-ha-2.jpg La sensation que procure la manipulation du Rigid Float est très différente de celle des bras unipivot classiques. S’il flotte effectivement sur son bain d’huile, aucun mouvement erratique n’est à signaler et l’ensemble, emprisonné à l’intérieur du champ magnétique, semble constamment sous contrôle. Les mouvements donnent le sentiment d’une liberté inhabituelle, mais dès que l’on tente d’accentuer le débattement, la résistance provoquée par le champ magnétique augmente sensiblement, empêchant le bras de s’éloigner de son axe virtuel. L’oximore est bien de mise et décrit parfaitement le principe de fonctionnement de ce bras si particulier – CQFD.

 

 

Dans Ha, il y a un H pour Nelson…

Si le H contenu dans le suffixe signifie certainement “headshell” afin d’indiquer qu’il s’agit de la version livrée avec le porte-cellule Nelson. Le “a“ qui le suit indique qu’il s’agit d’une version équipée du réglage d’azimut. Il s’agit d’une petite molette disposée sous le tube de bras qui, une fois desserrée, permet de le faire pivoter autour son axe longitudinal afin d’ajuster l’horizontalité de la cellule.
Le porte-cellule Nelson, qui peut-être acquis séparément et utilisé sur tout autre bras au standard SME, ne tire pas son nom de son inventeur mais d’une prise utilisée en lutte ou au catch. Les deux vis latérales plaquent le corps de la cellule, alors que la vis centrale – terminée par un pointeau – permet de lui appliquer une force contraire. Cela permet également de jouer sur le contrôle de l’amortissement de la cellule en faisant varier la tension qui lui est appliquée. Mais attention, ça marque.

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double-cle-nelson.jpg

Pythagore quitte ce corps !!!

Linstallation et le réglage du Rigid Float sont d’une simplicité confondante. Celui-ci est livré avec un protractor se présentant sous la forme d’une simple équerre. Celle du modèle de démonstration qui m’a été livré ayant été égarée durant ses nombreux voyages, il m’est impossible de faire une démonstration imagée de son utilisation. Peu importe, car dès lors que vous avez saisi le principe de fonctionnement du bras, elle n’est plus vraiment indispensable. Un peu de travaux pratiques : Selon Koichiro Akimoto, le point pour lequel l’erreur de piste nulle se situe à mi distance de la plage utile d’un 33trs, soit à 10 cm de l’axe du plateau. Le point choisi tient compte de la variation de la vitesse angulaire en fonction de la distance de la pointe de lecture à celui-ci.
L’équerre est perforée à l’un de ses angles (opposé à l’angle droit) pour accueillir l’axe du plateau. Un repère est placé au niveau de l’angle droit sur lequel doit être positionné le diamant. La distance entre ce dernier et l’axe du plateau est de 10 cm. La seconde branche de l’équerre doit se confondre avec le bras. Il faut le positionné de manière à ce qu’il la recouvre et que son axe longitudinal se superpose au sien. Simple non ?

protractor-viv-lab-rigid-float.jpg Sans protractor ? Encore plus simple, à condition de se souvenir de ses cours de trigonométrie et de Monsieur Pythagore. Allons-y.
Les trois points à prendre en considération – axe du plateau, diamant et pivot du bras – doivent former un triangle rectangle. Nous connaissons la valeur d’un de ses côté (AB = 10 cm) et nous connaissons également la valeur de l’autre, une fois la cellule en place. Il suffit pour cela de mesurer la distance entre la pointe de lecture et le pivot du bras qui est matérialisé par le centre du niveau à bulle situé sur l’embase. On obtient alors AC. Il suffit maintenant de calculer la valeur de l’hypoténuse BC pour savoir à quelle distance de l’axe du plateau le bras devra être installé.
La formule étant BC2 = AB2 + AC2, il suffit d’extraire la racine carrée de la somme obtenue pour connaître BC.
Exemple : si la distance pointe de lecture – pivot du bras est égale à 26 cm, sachant que la distance axe du plateau – pointe de lecture est toujours de 10 cm, nous obtenons :
AB2 + AC2 = 102 + 262 = 100 + 676 = 776 = BC2
La racine carrée de 776 étant 27,86 c’est à cette distance qu’il faudra positionné le bras. J’ai pu utilisé sept cellules différentes durant mes tests et j’avais dans un premier temps envisagé de réaliser un protractor de fortune. Mais déterminer le bon positionnement du Viv Lav est si facile que j’ai abandonné l’idée. Par la suite, le bras à chaque fois a été mis en place et réglé bien plus rapidement que tout autre bras qu’il m’ait été permis d’utiliser ; sans même parler du montage initial. Aucun perçage, aucun outillage n’est nécessaire.
La surface importante de la base et le poids de l’ensemble apportent une garantie suffisante contre tout déplacement involontaire du bras et la méfiance présente lors des premières manipulations se dissipe très rapidement. Pour les plus anxieux, les trois taraudages accueillant les tiges filetées pourront aussi servir à fixer le bras sur son support, à condition que celui-ci soit mobile ou que l’on soit certain d’utiliser toujours la même cellule, car le Nelson ne présente pas une plage de réglage suffisante pour la cellule. L’autre avantage du Rigid Float est qu’il peut être installé n’importe où. Il est simple de connaître la distance approximative à laquelle il devra être placé et de lui donner l’orientation adéquate, sachant qu’il peut également être installé en dehors des plaquettes de montages de votre platine, à condition de lui prévoir un support suffisamment stable. Très sympa pour disposer d’un second bras sans avoir à investir dans une nouvelle platine ! Si vous souhaitez installer le Viv Lab sur la plaquette d’origine, il faudra par contre vérifier que la hauteur entre celle-ci et le plateau soit suffisante, l’embase du bras étant assez imposante. Il sera par exemple impossible d’installer le Viv Lab sur une Thorens TD-124 ou sur une Technics SP10 d’origine et son installation sur un support individuel est dans ce cas l’unique solution. Une fois le bras positionné, les derniers réglages relèvent de la routine. La VTA se règle après avoir desserré une molette située à la base du RF. La VTF se règle également sans difficulté en faisant varier la position du contrepoids, puis en le bloquant à l’aide du contre écrou arrière. Le jeu de 3 contrepoids fournis permet l’utilisation d’un ensemble cellules et coquilles d’un poids maximum de 50 g. Ça laisse de la marge et les lourdes SPU passeront sans difficulté.
Quant à l’azimut, il se peaufine grâce à une seconde vis placée sur la face inférieure du tube de bras et qui, un fois légèrement dévissée, permet de faire pivoter celui-ci autour de son axe. Si vous utilisez le porte-cellule Nelson, dont la construction est aussi symétrique que celle du bras lui-même, vous ne devriez pas avoir besoin d’intervenir sur le réglage d’azimut tant que le cantilever de la cellule utilisée ne présente pas de défaut d’alignement. La construction n’engendre pas de balourd et le bras reste naturellement horizontal. Le câblage interne est réalisé en argent isolé téflon et deux prises RCA plaquées rhodium, ainsi qu’une borne de masse, permettent de relier le Rigid Float à un préampli phono. Installé sur la Feickert Blackbird et raccordé au préampli Aurorasound Vida, aucun problème de bruit n’a été détecté et le câble de masse s’est révélé inutile.

Ecoute

Les écoutes ont débuté avec une Denon DL-103 (corps en aluminium) le temps de me familiariser avec la manipulation du bras. J’avais prévu quelques ballades de Nat “King“ Cole en fond sonore le temps de régler quelques détails, mais dès les premières mesures, il était évident qu’il se passait quelque chose. Depuis 35 ans que je fréquente cette cellule, je ne l’avais encore jamais entendue jouer de cette façon.
Le diamant sphérique de la 103 suivant son chemin sans explorer trop profondément le sillon créait une atmosphère totalement apaisée laissant se détacher la voix de Nat “King“ Cole ; d’une douceur envoûtante, posée, magnifiquement timbrée. La médiocre qualité de captation de l’orchestre en arrière plan permettait d’éclairer la voix du crooner et la Denon DL-103 se révélait impériale à ce jeu.
Revers de la médaille : c’est aussi avec le Rigid Float que j’ai pu le mieux cerner les limites de la vieille demoiselle qui ne m’étaient jusqu’alors jamais apparues aussi clairement exposées… C’est connu, l’aigu n’est pas son point fort. Mais, ici, il ne parvient plus à se dissimuler dans l’habituel brouillard d’harmoniques indésirables et se révèle dans toute sa nudité : puissant, court et sans délicatesse aucune. La chose ne “saute“ pourtant pas aux oreilles, pas plus qu’elle n’indispose. L’information se révèle simplement disponible pour qui veut bien prendre la peine de la noter. Rassuré par ces premiers résultats, j’ai pu profiter du test des Kiseki Blue NS et Purple Heart NS pour mettre le Viv Lab à contribution. La confrontation avec l’Ortofon RS-212D et le Reed 2A fut malheureusement sans appel, les deux bras s’étant montrés moins résolvants que le Rigid Float, à la fois moins dynamique pour le Reed et moins équilibré pour l’Ortofon.
Compte tenu des excellents résultats obtenus avec une cellule de faible compliance comme la 103, ou avec les Kiseki, à peine plus souples, j’ai voulu vérifier si le Rigid Float pouvait réellement faire aussi bonne figure que son concepteur le prétend avec une cellule à haute compliance ?
Une Van Den Hul Colibri plus tard, le Viv Lab mettait de nouveau en lumière les qualités de transparence et d’extrême rapidité de cette virtuose ; mais aussi son impressionnante capacité à rendre compte en 3D des différentes ambiances, ainsi que sa timidité dans le bas du spectre… confirmant là sa totale insensibilité aux diverses associations, même celles apparemment contre nature car, sans être un grand habitué de la Colibri, je n’ai ressenti à aucun moment le moindre manque à l’écoute. Etonnant.
Si la Colibri se plait en compagnie de bras légers, la Miyajima Shilabe avec sa VTF de 3 g ne jure que par les gros bras bien lourds. Là encore, le Rigid Float s’en sort haut la main et s’adapte parfaitement aux caractéristiques d’une cellule aussi différente. On serait tenté de dire que le Rigid Float est un cas d’école, mais l’école nous apprenait justement le contraire (jusque là) ! D’après Koichiro Akimoto, l’amortissement que procure l’huile est tel que le bras se comporte comme une diode en absorbant toutes les vibrations provenant de la cellule parcourant le disque sans jamais rien lui renvoyer. Le calcul de la fréquence de résonnance de l’ensemble bras-cellule n’aurait donc plus lieu d’être puisque celle-ci est également totalement amortie par le pivot du Viv Lab. Ceci expliquant cela.
Il indique également que le tube du bras ne possède aucun amortissant interne. La seule présence de trois joints toriques et du mécanisme de réglage de l’azimut suffiraient, d’après lui, à casser la propagation des vibrations ; le fluide magnétique faisant lui la plus grosse part du travail. Et c’est bien l’impression qu’il laisse à l’usage, tellement il semble transparent ; absent de l’équation dès qu’il s’agit d’essayer de définir l’influence de chacun des éléments composant le système de lecture. Il serait d’ailleurs plus aisé d’établir une liste de ce qu’il ne fait pas, que d’essayer d’en esquisser une quelconque description.
Malheureusement (ou heureusement), la perfection n’est pas de ce monde et le Viv Lab Rigid Float possède sans aucun doute ses propres faiblesses. Il faudra seulement attendre l’apparition d’une version MKII ou d’autres produits de conception identiques pour être à même de les identifier, car la comparaison avec d’autres bras de lecture ne suffira pas. A ce stade, la seule interrogation qui persistait encore concernait l’importance de l’erreur de lecture et les éventuelles conséquences sur l’état du sillon d’une taille de diamant moins rondouillarde que celle d’une 103.
D’après Koichiro Akimoto, cela aurait moins de conséquences néfastes que les effets combinés de l’erreur du suivi de piste (moindre) et du skating (forces latérales importantes) d’une configuration utilisant overhang et offset. Même avec une erreur de piste flirtant avec les 10° pour un bras de 7 pouces (le pire des cas) et l’utilisation de profils de diamants elliptiques ou de type Line Contact, le sillon n’a aucun risque d’être endommagé.

Au paradis du vinyle

La Miyajima Shilabe et la Transfiguration Proteus sont les deux modèles de cellules avec lesquels j’ai passé le plus de temps durant cet essai. Deux références assez différentes dans leur conception et par les commentaires qu’elles peuvent susciter mais qui, au fil des écoutes, me sont apparues finalement très proches dans leurs interprétations du message musical. La Shilabe est une beauté naturelle qui n’a besoin d’aucun artifice pour briller. C’est une cellule vivante et équilibrée qui privilégie le legato, l’émotion, sublime les voix et qui sait ne pas être trop bruyante. Elle est dotée d’un excellent pouvoir d’analyse qu’elle ne met pourtant jamais en avant.
C’est avec le trio Miyajima, Viv Lab, Auroasound que le fantôme du “son perdu“ des années dorées du vinyles s’est de nouveau matérialisé devant moi. Celui d’un souvenir (ou phatasme ?) enfoui dans un coin du cerveau, rémanence d’expériences lointaines dont on fini par douter de leur réalité passée. Non pas le “Son“ parfait, mais celui qui vous transporte. Ou plus précisément, celui qui me transporte ; car j’ignore s’il est universel, lié à une génération qui a grandi avec le vinyle ou, plus probablement, le fruit d’un parcours personnel. Une sorte de martingale personnelle pour tout ce qui touche au vinyle !

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La Transfiguration Proteus est un tout autre animal. Moins tolérante avec la qualité des enregistrements, sa restitution est plus tendue, moins frontale et ses qualités sont plus clairement exposées avec une tendance « hifi » plus prononcée dès que les enregistrements ne sont plus à la hauteur. Elle réussi une excellente synthèse des deux mondes et, même si ces deux cellules peuvent être perçues comme tenantes de deux écoles opposées, ces différences s’estompent une fois associées au bras Rigid Float et se révèlent finalement beaucoup plus subtiles que prévu. Si la liste dressée plus haut reste valable, elle se parcourt maintenant au travers d’une nuance de délicates variations dans la façon d’interpréter certains aspects d’une œuvre, sans parvenir à décider où se situerait la vérité.
Non que le Viv Lab ne sache révéler le caractère propre de chaque cellule, bien au contraire et il se montre d’ailleurs excellent à ce jeu en se révélant très discriminant vis à vis des cellules qui lui sont associées mais, contrairement aux autres bras, il évite d’en exacerber les différences et d’en dresser un portrait caricatural par la superposition d’une signature personnelle (i.e. ses défauts…). En fait, durant toutes ces semaines passées avec le Viv Lab, je n’ai pas réussi à le prendre en défaut. La raison en est simple : je ne l’ai jamais « entendu ». Les seuls reproches qui pourraient lui être faits concernent son ergonomie et l’amélioration de quelques détails visant à augmenter son confort d’utilisation, comme le réglage de la VTA, de la VTF ou le jeu de la colonne rendant le niveau à bulle inopérant… mais ce ne sont que broutilles face au travail réalisé par son concepteur et aux immenses qualités de ce bras. Pour un coup d’essai, c’est un véritable coup de maître que Koichiro Akimoto a réussi là. A côté de la qualité de restitution qu’il propose, l’avantage le plus marquant du Rigid Float est finalement le confort incroyable qu’il procure et les possibilités qu’il ouvre en nous permettant d’oublier les éternels problèmes de compatibilité bras/cellule.
« Vous possédez déjà la cellule de vos rêves ? Présentez-lui un Viv Lab, il saura en extraire le meilleur. Vous hésitez sur le choix de la cellule, ou vous en possédez plusieurs ? Plus besoin de trente six bras ; offrez vous un Viv Lab et quelques porte-cellules » (il serait d’ailleurs bien capable de régler les problèmes récurrents rencontrés par les amoureux de cellules atypiques comme les Decca London, que j’aurais aimé pouvoir tester avec). Bien sûr ça sonne comme un mauvais slogan publicitaire pour un dentifrice vous promettant un sourire éclatant. On pourrait aussi ajouter « l’essayer c’est l’adopter ».
Je l’ai essayé et je l’ai immédiatement adopté. Par contre, j’attends toujours le dentifrice miracle. Si vous avez un nom… Bref, pour dire les choses sans détours : CET ENGIN EST UNE TUERIE ! Courrez l’écouter, et préparez-vous à réviser votre trigonométrie !

Si je citais en introduction quelques modèles de bras dont Koichiro Akimoto avait peut-être pu s’inspiré, le Rigid Float m’a aussi et surtout rappelé la platine vinyle à bain de mercure Sonecma dont j’avais pu assisté à la naissance au début des années 80, ainsi qu’à celle de sa grande sœur, un monstre de 250 kg dont elle était dérivée. Elle aussi réunissait quelques idées aussi simples qu’astucieuses, aboutissant à des performances hors du commun. Un plateau qui flotte sur un bain de mercure, un bras qui flotte sur un liquide magnétique… la suite de l’histoire reste à écrire et j’attends maintenant avec impatience la future platine « Floatable »*.

Eric Charlot

 

CARACTERISTIQUES TECHNIQUES VIV LAB RIGID FLOAT HA
Dimensions : 7, 9 ou 13 pouces
Câblage : argent, fiches RCA Rhodium
Compatibilité : coquille/cellule < 50 g
Diamètre base : 90 mm
Underhang : 5 à 10 mm
Tube : aluminium
Poids : 2 kg
Tube : aluminium
Finition : Balck/Silver ou Black/Gold
 

Prix public :
Rigid Float 7/Ha : 3300 € | Rigid Float 9/Ha : 3600 € | Rigid Float 13/Ha : 3950 € (avec porte cellule)
Porte cellule Nelson seul : 449 €
 

Compte tenu de l’évolution récente du cours du dollars,les tarifs risquent d’être révisés à la hausse d’ici quelques semaines.

 

SYSTEME MIS EN ŒUVRE
Source : Thorens TD-124 Schopper-Swissonor, Feickert Blackbird, Ortofon RS-212D 9″, Viv Lab Rigid Float 9″, Reed 2A 10″, Reed 3P 12″, EMT XSD15, Denon DL-103 Modifiée, Miyajima Shilabe, Kiseki Blue NS, Kiseki Purple Heart NS, Van Den Hul Colibri, Tranfiguration Proteus
Préampli-phono : Aurorasound Vida
Préamplificateur : Electrocompaniet EC 4.8
Amplificateur : Jeff Rowland 8Ti HC
Enceintes : Apogee Duetta Signature, Isophon Europa 75th
Câbles : Apogee (numérique), Nordost, MPS (phono), Charlin, O2A (modulation), Analysis Plus Solo Crystal Oval 8 (HP), Charlin (secteur)
Filtre secteur : Transformateur d’isolement
 

Site constructeur : www.vivaudiolab.com
Importateur : www.musikae.fr