Un salon de musique audiophile

AVM, MSB et Leedh E dans un écrin XIXème

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Attributs de l’aristocratie et de la bourgeoisie à une époque où celles-ci étaient étroitement associées à la vie musicale de leur temps, les salons de musiques contribuèrent à la découverte et à la diffusion de compositeurs et d’interprètes qui ne pouvaient pas encore compter sur les futures techniques d’enregistrement pour jouer ce rôle. Aujourd’hui disparues, ces pièces dédiées à la musique vivante se voient remplacées par une sorte de succédané contemporain nommé auditorium et dont le fonctionnement est inversée : usages solitaires et artistes remplacés par des machines. C’est ainsi que vit l’homme moderne.

Jouir à volonté d’une représentation, qu’elle date d’hier ou d’un demi-siècle, qu’elle soit donnée par un chef renommé à la tête du LSO ou par une formation amateur d’un village d’Ethiopie, pouvoir actionner cette machine à remonter le temps qu’est la haute-fidélité, voilà ce qui motive notre passion et certains d’entre nous sont prêts à y consacrer beaucoup d’efforts afin de pousser l’illusion le plus loin possible. C’est certainement le cas de notre hôte qui, après avoir longtemps travaillé pour des décorateurs prestigieux, est passé maître dans la conception d’espaces et dans le travail du bois qui constitue sa seconde passion.
Après avoir élu domicile dans un paisible village d’Ile de France, Philippe n’a pas tardé à réfléchir à l’aménagement d’une pièce dédiée à l’écoute de son système à l’intérieur de sa future maison. Audiophile aguerri, il a possédé de nombreux systèmes balayant différentes approches de la reproduction musicale comme les Apertura Double Kalibrator visibles en arrière-plan ou encore, avant celles-ci, un ensemble Krell et Apogee Diva… Et compte tenu de ses inclinations personnelles, il ne pouvait pas être question d’une “banale” salle homme cinéma ou, pire, de l’auditorium de l’audiophile typique, bardé de diffuseurs, de bass-traps disgracieux, d’une multitude d’appareils hétéroclites, de kilomètres de câbles et d’accessoires plus ou moins ésotériques, le tout dans un joyeux (ou triste) bazar dont la justification n’est connue que du seul utilisateur des lieux !

Leedh-E-Acoustical-Beauty.jpg Il faut reconnaître que l’idée de créer un salon de musique dans l’esprit de ceux que l’on rencontrait dans les grandes demeures du XIXème siècle ne manque pas de cachet ! Disposant d’une liberté totale dans le dessin de la pièce puisque la maison n’était encore qu’à l’état de projet, Philippe a pu décider de proportions respectant l’idéal théorique du nombre d’or pour aboutir à une surface d’une quarantaine de mètres carrés. Un choix éclairé dont j’ai eu plusieurs fois l’occasion de vérifier la pertinence en réalisant des mesures dans des pièces dont le comportement était toujours remarquable sans l’aide d’aucune correction acoustique. Et c’est le cas cette fois encore dans cette salle quasiment nue où seul le relief créé par les lambris peut éventuellement jouer le rôle de “diffuseurs naturels”. Le mobilier est inexistant, exception faite d’un immense tapis. Les travaux réalisés par Philippe se sont prolongés sur environs deux ans, sachant que la salle à manger adjacente est traitée de manière identique et avec la même attention pour le moindre détail. Deux essences de bois différentes (palissandre de Rio et merisier) ont été utilisées pour la fabrication des lambris et l’ensemble, malgré la complexité du dessin, reste d’une admirable sobriété. La qualité du travail réalisé aurait à elle seule justifiée cet article, mais une salle de musique sans musiciens n’est finalement guère différente d’une autre pièce…

Un trio virtuose en résidence permanente

|Mais un trio qui subissait quelques modifications lors de mon passage ! En effet, la découverte de la version E des enceintes Leedh avec leur module de grave additionnel avait suffisamment impressionné notre hôte pour qu’il décide de remplacer ses Double Kalibrator, pourtant soigneusement optimisées (on aperçoit sur les photos le pied en bronze massif spécialement réalisé pour elles). Même si les Leedh peuvent donner d’excellents résultats avec des amplificateurs modestes dans des volumes courants, elles demandent des électroniques extrêmement puissantes et à même de faire face à une courbe de réponse flirtant avec l’ohm à certaines fréquences pour pouvoir en tirer tout le potentiel dans un volume aussi important. Leur arrivée avait donc conduit Philippe à la recherche des électroniques capables de relever le défit pour remplacer le préamplificateur Goldmund Metis 10 et les blocs Mimesis 18.4 (200 W/8 Ω) qui alimentaient jusque là ses Apertura. La solution a été trouvée chez le constructeur allemand AVM, importé depuis peu en France par la société Conceptas, et les électroniques en essai lors de ma visite semblaient être appelées à rester, dès que les fonds auraient été réunis !|Systeme-MSB-AVM-Ovation-et-Leedh-E.jpg|
La société AVM dirigée par Günther Mania et Udo Besser propose une gamme complète d’électroniques dont la conception modulaire de certaines permet de proposer des produits quasi sur mesure (voir notre reportage sur le salon High End 2011 à ce sujet). C’est le haut de gamme Ovation qui a été retenu par Philippe avec le préampli modulaire PA8, ici dans une configuration ligne symétrique sans les modules DAC et tuner, accompagné des superbes blocs mono MA8 capables de délivrer 600 W/8 Ω, 1800 W/2 Ω et ne craignant pas des charges de seulement 1 Ω.

Leedh-E-et-preampli-AVM-Ovation-PA8.jpg La source est constituée du fameux ensemble numérique MSB Platinum Data CD IV, DAC IV et Power Base, pour le moment raccordé en asymétrique au préampli en attendant l’arrivée des nouveaux câbles XLR Quintessence Ultime O2A. Il en va de même entre le préampli et les blocs mono, alors que les enceintes sont déjà équipées du nouveau câble haut-parleur Quintessence Ultime facilement reconnaissable à son imposante gaine de blindage externe de couleur cuivrée. Les câbles secteur sont un panachage de différentes origines en attendant de pouvoir uniformiser l’ensemble en référence O2A puisque Philippe a jeté son dévolu sur ce constructeur, suite aux différents comparatifs menés.

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Non pas révolution, mais révélation

Si les enceintes Leedh C et E sont souvent présentées comme révolutionnaires, elles continuent malgré tout d’appartenir à la grande famille des haut-parleurs électromagnétiques contrairement, par exemple, aux transducteurs à arc ou à plasma apparus dans les années 30 et 40 qui eux pouvaient être réellement considérées comme révolutionnaires. Mais ce qui différencie les modules équipant une Leedh actuelle des haut-parleurs électrodynamiques standards tels que nous les connaissons depuis Rice et Kellogg, réside dans le fait que Gilles Millot a tout simplement réussi à supprimer une grande partie des défauts avec lesquels nous avions appris à vivre depuis plus d’un siècle ! Beaucoup de choses ont déjà été dites au sujet de la technologie développée pour ces enceintes et il vous suffit pour en savoir plus de vous reporter au site de leur concepteur, ou de vous reporter aux nombreux articles qui leur ont été consacrés.

Bloc-mono-AVM-Ovation-MA8-et-cables-O2A-Quintessence-Sublime.jpg La qualité la plus évidente de ces enceintes est leur faible empreinte physique qui leur permet dans cet environnement de pour ainsi dire “disparaître“ visuellement, mais aussi acoustiquement puisqu’il suffit de fermer les yeux pour se trouver immédiatement immergé dans un espace sonore tridimensionnel où il est très difficile, sur de bons enregistrements, de situer les Leedh E. Tel l’album “Chante !” de Wende Snijders ou la chanteuse s’invite parmi nous, plantée là à cracher sa caricaturale interprétation de Brel avec une énergie énorme. Alors que la scène se déploie autour d’elle, je ferme de nouveau les yeux, et il m’est là encore impossible de pointer du doigt chaque enceinte sans faire appel à ma mémoire visuelle. Une qualité facilité par la belle capacité du système à respecter l’intégralité du message grâce à la rapidité des Leedh E et au silence de fonctionnement des électroniques MSB et AVM qui se révèlent expertes en matière de transparence et de définition.

MSB-et-cables-O2A-Quintessence-Sublime.jpg Les pistons des transducteurs se déplacent avec suffisamment de célérité pour être à même d’extraire les détails les plus ténus contenus dans un enregistrement, comme sur la piste Beautiful In Blue de l’album de Peter C. Johnson, “Soul Sherpa”. Les choristes situées en arrière plan sur la droite du chanteur se dédoublent en un écho discret. Si celui-ci se distingue aisément sur un casque de qualité, il est habituellement plus difficile à apprécier sur une enceinte acoustique. Mais ici, les paroles sont parfaitement intelligibles et le restent jusqu’à leur complète extinction, malgré la superposition d’un bruit continu de ruissèlement parcourant tout le morceau.

O2A-Quintessence-Sublime-et-Leedh-E.jpg Une capacité qui se retrouve, sans la moindre rupture de timbres, jusqu’aux fréquences les plus basses et vérifiable avec “Sisters & Brothers” de Rory Block, sur le titre Bessie’s Advice dont le secteur grave est tellement présent qu’il a généralement du mal à être reproduit correctement sur des systèmes traditionnels dont les enceintes se contentent le plus souvent d’exciter les toniques de la pièce, rendant l’écoute particulièrement désagréable. Ici au contraire l’intégralité du message musical passe avec une aisance qui incite à pousser toujours plus le volume. Impériaux, les blocs AVM affichent régulièrement des pointes dépassant allègrement les 800 W, l’excursion des modules de grave est impressionnante sans que jamais la moindre distorsion subjective ne soit ressentie. La capacité de ces enceintes à “avaler” les watts semble infinie ! Même sur les grands tambours japonais, enregistrement incontournable des démonstrations audiophiles, les Leedh E alimentées par les blocs Ovation MA8 sont capables d’atteindre des niveaux crédibles dans une pièce d’un tel volume sans jamais donner l’impression de s’approcher de leurs limites… Et toujours avec cette capacité d’accélération impossible à atteindre avec un 46 ou même un 38 cm. On retrouve en fait avec les Leedh beaucoup des qualités des systèmes électrostatiques ou isodynamiques, sans leurs limitations, mais en y ajoutant une image tridimensionnelle que la plupart sont incapables de reproduire. Par contre, les inconditionnels des grandes messes rock, accros à la pression acoustique délivrée par les stacks et les clusters qui nous font ressentir une ligne de basse jusque dans nos entrailles devront passer leur chemin… Car, faut-il le rappeler, le son de la basse n’existe pas “à l’état naturel”, il a besoin de haut-parleurs pour s’exprimer. Généralement de grands diamètres, équipés de membranes lourdes se déplaçant trop lentement, mal contrôlées par le couple suspension-spider très limitant, ils produisent ce que l’on a même fini par prendre pour le son de l’instrument qu’ils amplifient…

Vue-du-salon-de-musique-XIXe-siecle.jpg Amené chaque année à écouter quelques centaines d’appareils et systèmes différents, je dois avouer que la production actuelle met à notre disposition de nombreux appareils d’excellente qualité, un nombre encore plus grand de simplement médiocres et, de plus en plus rarement, quelques mauvais. Mais sur une année, il n’y en a que deux ou trois qui sortent réellement du lot et autour desquels se forme en général un consensus (bien que leur nombre semble progresser ses derniers temps…). Il en va de même avec les systèmes qui pour êtres excellents ne doivent pas obligatoirement réunir la crème de l’électroacoustique, mais dont le résultat est directement lié à la qualité des associations et à l’adéquation avec lieu dans lequel ils doivent s’exprimer.
Difficile pour ma part d’attribuer tel ou tel mérite à l’un ou l’autre des appareils présents ici puisque, à l’exception de l’ensemble MSB, je ne suis familiarisé avec aucune des différentes références, salle comprise. Mais les performances d’un système étant (selon l’expression consacrée) limitées par son maillon le plus faible ; force est de constater que même ce dernier doit être ici d’un niveau remarquable ! Sans aucun doute l’une des meilleures écoutes à laquelle il m’ait été donné d’assister !

Eric Charlot   10|2012
Importateur MSB Technology : www.audio-focus.com
Importateur AVM Audio Video Manufaktur : www.avm-audio.fr
Constructeur Leedh Acoustic : www.leedh-acoustic.com

Note : Si votre salon vous semble soudain désespérément nu sans lambris, n’hésitez pas à contacter la société Conceptas (AVM-Audio) qui se fera certainement un plaisir de vous mettre en rapport avec le bureau d’étude de Philippe.