Platine Scheu Analog Cello

La réconciliation de deux mondes

Platine Scheu
 

Scheu Analog construit à Berlin des platines analogiques, des bras et des cellules depuis plus de deux décennies. Si les premières productions pouvaient situer le constructeur à mi chemin entre DIY et High End, la qualité de la gamme actuelle le place aujourd’hui sans conteste dans cette dernière catégorie, aux côtés des grands noms du vinyle. A l’intérieur de cette gamme, la Scheu Analog Premier représente certainement le modèle le plus emblématique de la marque, alors que la plus accessible Cello présentée ici est sans aucun doute appelée à en devenir le bestseller.

Scheu Analog aura tardé à poser un pied en France, officiellement du moins, car depuis longtemps quelques amateurs avisés, séduits par cette superbe Scheu Premier, n’ont pas hésité à s’en procurer auprès de revendeurs étrangers. Il faut dire que sa sortie était une véritable aubaine pour qui cherchait une platine haut de gamme à prix accessible. Et c’est encore le cas aujourd’hui puisque il est toujours impossible de trouver chez un autre constructeur un modèle présentant les mêmes qualités et la possibilité de monter deux bras de lecture pour un tarif de 3390 €.
AMF63 (Hannl, JoSound) en assure aujourd’hui la distribution avec un catalogue 2013 comprenant cinq platines proposées nues ou complètes avec plusieurs niveaux et évolutions possibles pour chaque modèle. La Cello partage aujourd’hui l’entrée de la gamme avec la nouvelle Cello Classic Line à moteur déporté présentée au dernier salon de Munich. Ces deux platines portent le même nom mais leur aspect diffère sensiblement (moteur séparé pour la Classic Line), même si les deux adoptent une construction classique comparée à la Premier dépourvue de socle. Si la construction est classique, le design est lui très contemporain et la finition très… Deutsche Qualität. Socle et plateau son fait du même matériau acrylique translucide qui est également utilisé par Clearaudio. La platine est soutenue à l’avant par deux colonnes reposant sur des pieds amortissant et une pointe arrière centrale. Une cuvette métallique doublée d’un amortissant évite de rayer le support. Le moteur à courant continu est logé dans la colonne avant gauche. Il est commandé par un sélecteur à trois positions offrant le choix entre 33 et 45 trs/mn, ainsi que la mise hors tension de la platine. Le bras est monté sur un support interchangeable permettant d’y adapter n’importe quel modèle 9”. La Cello est disponible nue ou équipée d’un bras RB202 et d’une cellule Ortofon Super OM 10. Si le prix de l’ensemble est équivalent à la somme des éléments séparés, il présente le gros avantage d’être livré monté et réglé. Inutile de présenter le Rega RB 202 qui doit bien être le bras le plus célèbre après le mythique SME 309 de conception plus ancienne. Il faut dire qu’il mériterait d’être nommé champion du monde du rapport performances/prix, ce qui aide à construire une réputation ! Celui qui équipe la Cello est la version OEM logotypée “Scheu Analog” du Rega RB 202, dernière évolution des fameux RB 250 et RB 251 et dont les principales modifications portent sur l’amélioration de la qualité des roulements, l’adoption du tube de bras du modèle supérieur RB 303 et l’apparition d’une embase fixée en trois points pour une stabilité mécanique renforcée.

Bras-Scheu-Analog-Cello.jpg La cellule à aimant mobile Ortofon Super OM 10 à diamant elliptique de compliance élevée complète l’ensemble. Réputée pour son excellent rapport qualité/prix, mais disparue du catalogue Ortofon, son choix est étonnant… Scheu Analog finit-il d’écouler son stock ou Ortofon continue-t-il à proposer l’OM 10 aux constructeurs en OEM ? La question a finalement peu d’importance tant que les stylets de rechange restent disponibles ; ce qui est le cas. Les pièces les plus sensibles de la Scheu Analog Cello étant sécurisées pour le transport, la platine est livrée partiellement démontée et il faudra se livrer à une petite demi-heure de bricolage avant de pouvoir profiter des premiers tours de plateau. Le montage est plus simple que celui d’une étagère Ikéa (plus gratifiant aussi) et tout le nécessaire est présent dans l’emballage. Contrainte classique pour cette famille de platines : son amortissement minimal la rend sensible à la nature du support sur lequel elle devra fonctionner et qui devra par conséquent être stable et ne pas transmettre les vibrations extérieures. Le constructeur recommande d’ailleurs l’utilisation d’une tablette de découplage comme la SSC SoloBase (230 €).
Pour cet essai, la Cello a été installée sur une plaque de granit de 5 cm d’épaisseur dont la face inférieure était recouverte d’une feuille de caoutchouc de 8 mm, le tout posé sur un meuble en bois de poids moyen, lui même posé sur un parquet. Une installation très classique et peu onéreuse qui s’est avérée tout-à-fait satisfaisante. Une fois la platine posée à l’endroit choisi, on peut vérifier son horizontalité à l’aide d’un niveau à bulle et, par la même occasion, découvrir le point faible de la Cello : deux pieds avant fixes et une pointe arrière dont l’axe fileté autorise une course si réduite que l’on ne peut vraiment pas compter sur cette possibilité pour nous secourir. Aucun problème si le sol est parfaitement horizontal ou si vous utilisez un meuble hi-fi disposant de réglages mais, dans le cas contraire, il faudra improviser.

Moteur-Scheu-Analog-Cello.jpg Le plateau de la Scheu Analog repose le long d’un axe inversé par l’intermédiaire d’une bille de céramique lovée dans une coupelle en Téflon. Cette dernière, ainsi que l’axe, doivent être huilés avant assemblage à l’aide de la seringue fournie. Le sommet de l’axe est pourvu d’un filetage interne qui permet l’utilisation du palet presseur Scheu Analog intégrant en son centre un très pratique niveau à bulle.
L’opération la plus délicate consiste ensuite à réaliser la courroie d’entraînement qui est livrée sous la forme d’une simple bobine de fil nylon. Il suffit d’y prélever une longueur d’environ 110 cm et d’en lier les deux extrémités en réalisant un nœud. Toute la (relative) difficulté consistant alors à obtenir la longueur exacte pour permettre une tension suffisante, sans être excessive. Il faut ajouter que pour les plus de quarante ans, le fil translucide s’avère extrêmement fin et assez peu visible !
Si Scheu Analog a choisi le nylon comme matériau des courroies de toutes leurs platines, ce n’est pas pour le seul plaisir d’agacer les presbytes aux doigts boudinés, mais parce que les différents essais qu’ils ont pu mener ont mis en avant les performances supérieures du fil nylon par rapport aux courroies conventionnelles en caoutchouc entraînant des frictions plus importantes et une régularité inférieure de par leur élasticité.
Une fois la courroie glissée autour de la poulie moteur et du plateau, il ne reste plus qu’à ajuster la force d’appui de la cellule et celle de l’antiskating, les autres paramètres du bras ayant été préréglés en usine pour l’Ortofon Super QM10.
Un pèse cellule vous permettra d’applique la force de 1,5 g recommandée par le constructeur. Si vous n’en avez pas sous la main, il suffira de faire coulisser le contrepoids jusqu’à trouver le point d’équilibre de l’équipage, puis d’ajuster la force d’appui en faisant avancer celui-ci de ¾ de tour, sachant qu’un ½ tour correspond à une force de 1 g. Il sera ensuite toujours possible d’affiner à l’écoute. Voilà une disposition bien pratique qui a malheureusement disparue de la plupart des bras contemporains. Enfin, ne pas oublier de régler sur la bonne valeur le curseur de l’antiskating situé au niveau du porte-bras. Dernière étape avant de pouvoir exploiter la Cello, le réglage de la vitesse de rotation qui sera facilement réalisé grâce au disque stroboscopique également fourni par Scheu Analog. Une fois posé sur le plateau, l’ajustement de la vitesse s’effectue à l’aide d’un fin tournevis au niveau des potentiomètres situés de chaque côté de l’interrupteur M/A. Le réglage pourra être vérifié après quelques minutes de fonctionnement, une fois le moteur chaud.

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Ecoute

Un préampli phono Musical Fidelity M1 ViNL a été utilisé pour sa neutralité, sa réponse étendue, ses entrées MM/MC et ses nombreux réglages facilitant l’essai d’autres cellules. L’écoute se révèle très nerveuse avec l’Ortofon qui ne fait pas dans la dentelle, c’est rapide et ça tape fort. Certainement un délice pour les amateurs de rock ou de musiques électroniques, mais la chose manque cruellement de raffinement pour des registres plus acoustiques. Sur ce type de musique, ses capacités dynamiques et transitoires incitent à pousser le volume. Le médium est très propre et détaillé met en lumière les voix. Malheureusement, ceci se fait au détriment de l’équilibre général qui favorise nettement ce secteur. La nervosité de la restitution possède un côté systématique et simplificateur, qu’un aigu puissant manquant parfois de nuance vient renforcer. Ne connaissant pas son historique, il est possible que cet exemplaire manque de rodage, bien qu’aucune évolution n’ait été perçue tout au long des différentes écoutes (?).
Si l’Ortofon, vendue moins de 100 €, permet d’offrir un ensemble prêt à l’emploi sans en grever le budget, dans le cas présent elle constitue aussi le maillon faible du système. Dommage, car le couple Cello-RB202 peut aller beaucoup plus loin et mérite un investissement plus conséquent. Il suffit d’ailleurs d’essayer une cellule comme l’incontournable Denon DL103 ou la très intéressante Dynavector 20X2 pour s’en convaincre.
Sur le papier, la DL103 n’est peut-être pas l’association idéale avec une fréquence de résonnance un peu limite de l’ensemble située à 15 Hz. La 20X2, par contre est parfaite avec 10 Hz. Mais chacun sait que les compliances affichées par les constructeurs pour des fréquences données ne tiennent pas compte de l’ensemble des paramètres pouvant intervenir et que, si le calcul théorique à partir de cette seule base permet d’éviter les mariages franchement inappropriés, seule une écoute permet de vérifier les compatibilités. En réalité, la Denon se révèle ici tout aussi à l’aise avec le RB202 que la Dynavector.
Notez que le changement de cellule peut nécessité un réglage différent de la hauteur du bras afin d’ajuster l’angle de lecture. Un jeu de cales est disponible en accessoire chez Rega pour quelques euros.

Scheu-Cello-Ortofon-Rega.jpg Sorti au début des années 80 où les rythmes funk envahissaient les hit-parades, le pauvre Tony Joe White avait du se sentir obligé de céder à la mode pour coller à l’époque en enregistrant I Get Off On It sur l’album “The Real Thang”. Du blues funky qui n’a pas vraiment marqué les mémoires, mais le morceau n’est pas désagréable et plutôt bien enregistré. Il faut dire qu’à cette époque rares étaient ceux qui résistaient à la tentation, même les plus rebelles de la scène punk londonienne cédaient aux rythmes funky et accouchaient de choses aussi surprenantes que This Is Radio Clash
Sur ce titre, l’Ortofon délivre un message très linéaire, toujours accompagné d’une dynamique impressionnante mais, aussi parfois d’un net dé timbrage sur les pointes les plus fortes. En passant à la DL103, la transcription gagne tout de suite en souplesse, en richesse et en équilibre, alors que la Dynavector, fidèle à son statut de cellule moderne, montre un caractère plus neutre et détaillé. La dynamique reste intacte et la Cello délivre une restitution à la fois vivante, articulée et nuancée.
Il faut passer à Jimy Hendrix pour ressentir un léger manque de précision dans le bas du spectre. On souhaiterait là plus de fermeté pour pousser le volume et retrouver la violence dont est capable, par exemple, une VPI Classic (trois fois plus chère quand même, mais la différence semble ici plus liée à la nature de la platine qu’à son tarif). Dans ce cas, la nature extravertie de l’Ortofon peut venir avantageusement compenser le phénomène, mais ce sera malheureusement encore au détriment de la richesse du message.
La Cello ne possède pas la double personnalité de docteur Jekyll et M. Hyde. Si elle se révèle incomparablement plus vive que ce que l’on pourrait attendre d’une mécanique suspendue, elle conserve pourtant une indéfectible élégance qui ne sied pas toujours à ce type de musique.
Elle fait par contre preuve d’un raffinement qui se rencontre rarement sur les platines rigides concurrentes et gagne des points décisifs sur un titre comme Madame où la voie de Barbara retrouve son incomparable beauté. Ou encore sur le Quatuor avec piano en Do M Op. 15 de Fauré où les différents instruments sont reproduits avec justesse, respectant la qualité et toute la variété des timbres, ainsi que leur richesse harmonique. La scène sonore est ample, aussi bien en largeur qu’en profondeur, et la qualité de l’image stéréophonique doit être ajoutée à la liste des points forts de cette platine. En découvrant la Scheu Analog, on pense inévitablement à des concurrentes plus universellement connues chez Rega et Thorens, mais la Cello possède une personnalité propre grâce à une esthétique plus radicalement contemporaine et des performances qui en font un parfait compromis entre l’énergie dont est capable une platine rigide et le raffinement d’un modèle suspendu. C’est une approche technique qui devrait rallier beaucoup de suffrages, surtout parmi les passionnés de jazz, de chant ou de petites formations classiques, des domaines où elle excelle. Les platines suspendues ayant aujourd’hui quasiment disparues, la Cello constitue une offre intéressante pour qui cherche une écoute plus nuancée que ce que proposent d’autres machines de prix comparables. La possibilité de l’acquérir nue pour y adapter le bras de son choix est aussi un argument de poids.
Une platine Scheu Analog Cello, un bras Rega RB202 et une cellule Dynavector DV-20X2, soit 2305 € pour un ensemble de haut niveau et une union durablement harmonieuse, exempte de la moindre fausse note ; qu’en diriez-vous en cette veille de Noël ?

Eric Charlot   11|2013

CARACTERISTIQUES TECHNIQUES
Scheu Analog Cello, bras RB202, cellule MM Ortofon Super OM10
Entraînement : Courroie, moteur DC
Vitesses : 33 et 45 trs/mn
Réponse en fréquence : 20 à 20.000 Hz (+3/-1 dB)
Force d’appui recommandée : 1,5 g
Sortie cellule : 4 mV
Charge recommandée : 47 kΩ
Dimensions LxHxP : 430 x 150 x 340 mm
Poids : 7 kg
Finitions : Translucide, noire, bleue

Prix public : Scheu Analog Cello nue : 1290€ | Cello/RB202/Ortofon Super OM10 : 1690€
Option Cello finition noire : +70€ | Option Cello finition bleue : +120€
Support bras standard : 35€ | Support bras custom : 85€
Couvercle plexiglass : 350€ | Palet presseur avec niveau à bulle : 130€

_ SYSTEME MIS EN ŒUVRE _ _ Source : Scheu Analog Cello, Ortofon Super OM10, Denon DL-103 modifiée, Dynavector 20X2 _ Préampli-phono : Musical Fidelity ViNL _ Amplificateur intégré : Modwhright KWI 200 _ Enceintes : Quad 2805 _ Câbles : A.Charlin NOIR 1000 (modulation), A.Charlin HP GRIS 9000 _ Filtre secteur : 2 x Furman AC-210A E, transformateur d’isolement

Site constructeur : www.scheu-analog.de
Importateur France : www.amf63.com
Sélection d’enregistrements utilisés pour l’écoute
Gabriel_Faure.jpg Barbara_Ma_plus_belle_histoire_d_amour.jpg Ode-To-Billie-Joe-Bobbie-Gentry.jpg Jimmy-Hendrix-Electric-Ladyland.jpg
Gabriel Fauré

Quatuor en Do – Dolly
G. Thyssens Valentin et H. Puig Roget
Charlin – LP

Barbara

Ma plus belle histoire d’amour
Philips – LP

Bobbie Gentry

Ode To Billy Joe
Pure Pleasure Records – LP

Jimi Hendrix

Electric Ladyland
Polydor – LP