Kiseki Purple Heart NS & Kiseki Blue NS

Le miracle de la résurrection cellulaire

 

Voici deux cellules MC qui nous reviennent des années 80 ; d’une époque pas si lointaine pour certains où le vinyle était encore roi ; du fond des âges pour beaucoup d’autres. Suivant le déclin du vinyle, les modèles Kiseki qui disparurent à la fin de cette même décennie ressuscitent aujourd’hui, accompagnant un véritable regain d’intérêt pour les galettes noires. Ils resurgissent du passé avec deux références qui figuraient déjà au catalogue du constructeur, les Kiseki Blue NS et Purple Heart NS, disponibles dans des versions revisitées.

L’histoire de Kiseki débuta aux Pays-Bas lorsque le distributeur européen des cellules Koetsu, Herman van den Dungen, commença à rencontrer quelques problèmes de suivi de qualité et d’approvisionnement. L’idée lui vint de créer une ligne de cellules s’inspirant de la gamme Koetsu dont il confia la réalisation à un expert japonais, Goro Fokadu. Ayant apparemment connu quelques déconvenues durant la phase de développement des cellules, Monsieur van den Dungen cru bon d’inventer ce pseudonyme afin de garder secrète l’identité du véritable géniteur des différents modèles Kiseki, qui demeure dans l’ombre aujourd’hui encore. Pas sûr que l’idée fut très heureuse, ni très efficace, ou même très positive du point de vue du consommateur ?
Après une longue période de silence, on entendit de nouveau circuler le nom de Kiseki grâce à deux modèles devenus disponibles – au compte-goutte – sous l’appellation NOS (New Old Style). Il s’agissait de Blue et de Purple Heart construites à partir d’un mix de pièces provenant de l’ancien stock et de nouveaux éléments. L’intérêt suscité par ces deux modèles a dû être suffisamment vif pour que Monsieur van den Dungen débute une nouvelle production de ces deux modèles historiques.

Ce sont donc deux versions revisitées qui sont aujourd’hui proposées aux amateurs. Si elles reprennent les noms, la technologie, l’esprit et l’apparence de leurs aînées, elles n’en demeurent pas moins nouvelles et quelques détails extérieurs suffisent d’ailleurs à clairement les différencier, comme une longueur de boîtier réduite ou l’absence des multiples passages de vis des anciens modèles (une excellente idée qui permettait de disposer d’une plus grande latitude de montage et dont on peut regretter la disparition).
Si la longueur du corps a été réduite pour faciliter l’installation, sous le capot le moteur reste identique d’après le constructeur. Mais les moyens de production et les matériaux ont tellement évolués depuis une trentaine d’année que l’on peut légitimement penser que la qualité finale ait elle aussi progressée. Les modèles actuels sont désignés par le suffixe NS, pour New Style.

Pour résumer :
Kiseki sans suffixe = modèle originel
Kiseki NOS = modèle intermédiaire mélangeant composants d’origine et récents
Kiseki NS = modèle en production n’utilisant que des composants actuels

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Kiseki Blue NS ?

La bleue reprend le boîtier en aluminium anodisé du modèle historique dans une version de 25 mm de long. Le diamant monté sur un levier en Boron adopte un profil Line-Contact et une VTA réduite à 20°. Le constructeur annonce une impédance interne de 40 ohms pour niveau de sortie honorable de 0,44 V qui ne devrait pas entraîner de problème de gain. Concernant la séparation des canaux, la Kiseki Blue affiche un excellent 35 dB. Sa compliance dynamique est de 16 µm/mN pour une force d’appui recommandée de 2,4 g, ce qui semble en faire une candidate toute la désignée pour un bras de masse moyenne.

Si les qualités d’extension de la bande passante, d’image, de linéarité et d’absence de distorsion sont déjà discernables à peine la cellule sortie de sa boîte, l’aigu est lui difficilement supportable… Une cinquantaine d’heures de rodage sont ABSOLUMENT indispensables. Vous pouvez pour cela utiliser un disque test contenant un bruit rose continu. Si vous n’en possédez pas encore, pensez à en acquérir un lors de l’achat de votre prochaine cellule. L’investissement est modeste comparé aux bénéfices procurés.
Après une trentaine d’heures, les choses s’améliorent déjà considérablement pour la Blue. Après une cinquantaine, la cellule est presque méconnaissable et l’instrument de torture s’est transformé en véritable cellule haute fidélité (j’exagère un peu, je le reconnais). J’ai même pu passer la force d’appui de 2,5 g à 2,4 g qui me semble effectivement être le meilleur compromis.

Le constructeur préconise une valeur de charge de 400 à 1000 ohms. Sur l’excellent pré-phono Aurorasound Vida, le meilleur résultat a été obtenu avec une charge de 410 ohms. Sur 1 Kohms, l’aigu semblait insuffisamment amorti alors que sur la position 240 ohms l’ensemble de la restitution paraissait un peu trop sombre. Les différences demeuraient néanmoins subtiles, si bien que le choix reste très subjectif et forcément dépendant de l’équilibre du système dans lequel la Kiseki sera insérée, du câble phono utilisé, des goûts personnels de chacun et, surtout, de l’âge du capitaine…

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Les premières écoutes menées sur une Thorens TD-124 “Schopper” et un bras Ortofon RS-212D laissent apparaître une vivacité et une énergie dans le grave peu communes. Sur l’album de Ben Webster, “Saturday Night At The Montmartre”, les percussions sont carrément explosives. C’est très impressionnant et ce n’est pas sans rappeler les mythiques cellules “London” Decca. Les cymbales ont perdu l’agressivité de la période de pré-rodage, sans pour autant céder quoique ce soit sur les transitoires. Le niveau qu’atteint la Kiseki dans le grave est bluffant, même si l’on peu lui reprocher une certaine monotonie (littéralement). Si le grave et l’extrême grave sont puissants, ils ne sont pourtant jamais mis en avant et reste parfaitement intégrés au reste du message sonore.

Sur Cat Steven “Tea For The Tillerman” ou Julie London “Lonely Girl”, la restitution possède moins de corps et de chaleur sur les voix qu’avec une SPU ou une Miyajima. Il est évident que le boîtier en aluminium de la Kiseki Blue NS joue ici son rôle dans la lutte contre les vibrations et la distorsion qu’elles entraînent. On est pourtant loin de la rigueur des cellules modernes de compliance élevée, mais cela paraîtra peut-être moins plaisant pour certains, même si l’on est ici peut-être plus proche de la “réalité” de l’enregistrement, qui sait ? En fait peu importe, seul le goût de chacun pourra en décider.
Ce qui est certain par contre, c’est que les capacités dynamiques de la Kiseki Blue sont tout bonnement addictives. Ecouter Smoke On The Water de Deep Purple en poussant le volume est totalement jouissif, d’autant que l’absence subjective de distorsion rend l’expérience encore plus impressionnante. C’est puissant, net et précis. La Thorens TD-124 s’accommode parfaitement de la Kiseki Blue NS dont elle sait exploiter l’énergie et la vitalité de la restitution pour une écoute extrêmement vivante.

En passant sur la Feickert Blackbird et un bras Reed 2A de 10” la restitution gagne en douceur. Une association très agréable que l’on pourra qualifier de plus “musicale” selon l’expression empruntée au “Dictionnaire de l’Audiophile”. L’aigu gagne en raffinement ce qu’il perd en pouvoir d’analyse. Les voix sont plus incarnées mais conservent toujours une certaine rigueur (ce n’est pas un reproche) et ne sont jamais projetées. On note de nouveau le côté “systématique” de l’extrême grave qui est présent, à un niveau juste et toujours aussi étonnant, mais dépourvu de réelle articulation. La Kiseki offre une belle association avec le Reed qui vient tempérer son caractère explosif.

Dernier essai sur la Feickert Blackbird avec le bras Viv Lab Rigid Float 9“ où l’on retrouve la même esthétique sonore qu’avec le bras Ortofon RS-212D. Mais la restitution est maintenant un mélange de dynamique exacerbée et de transitoires incisives, doublé d’un pouvoir d’analyse que ne laissaient pas deviner les deux autres bras. Tous les registres sont parfaitement intégrés, le grave se libère et retrouve une articulation et un pouvoir d’analyse que l’on ne soupçonnait pas. Le dégradé harmonique jusque dans l’extrême aigu s’enrichit de nouvelles informations et les cymbales de “Saturday Night At The Montmartre” étonnent par leur puissance.
Un détour par l’Olympia pourrait nous amener à penser que Tina Turner et la Kiseki sont faites l’une pour l’autre ! L’énergie cumulée de ces deux là déménage sévèrement ! Musicalement, le disque est superbe et l’enregistrement est ici magnifiquement servi par la Blue NS. On peut ressentir l’espace de la salle ; la présence du public loin derrière la chanteuse et ses musiciens.

 

 

 

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Ou Kiseki Puple Heart NS ?

La Kiseki Puple Heart NS possède un corps en bois tropical extrêmement dense qui lui a donné son nom. Il présente une couleur changeante, passant du pourpre vif au bordeaux en fonction de l’éclairage. Son boîtier est plus long que celui de la Blue NS (30 mm) et ses caractéristiques techniques sont très proches avec un niveau de sortie de 0,48 mV et une impédance interne de 42 ohms. Sa compliance dynamique est de 16 μm/mN pour une VTF recommandée par le constructeur de 2,46 g. Là aussi, un bras de masse moyenne semble indiqué.
Avec la Purple Heart NS, la période de rodage est aussi longue qu’avec la Blue NS mais la transformation de la cellule est beaucoup moins spectaculaire. En fait, la Purple Heart NS se révèle être tout à fait écoutable après une petite dizaine d’heures de fonctionnement, puis elle ira en se bonifiant tranquillement durant la cinquantaine d’heures qui suivra.
Concernant la charge, là encore 410 ohms m’ont semblés suffisant pour une force d’appui idéale de 2,5 g. Cela correspond aux prescriptions du constructeur, ce qui n’est guère étonnant car, finalement, qui connait le mieux une cellule si ce n’est son concepteur ?

Avec son levier porte diamant très court et placé très en retrait de la face avant, l’utilisation de la Puple Heart NS est assez déroutante et tout espoir de choisir une plage précise d’un disque doit être abandonné. Un repère sur le corps de la cellule, même s’il gâche l’esthétique de l’ensemble, ne serait pas superflu. La petite taille du cantilever entraîne également une “garde au sol” anormalement réduite qui interdit la lecture des disques les plus voilés car l’arrière du corps de la cellule talonne purement et simplement sur la surface du disque. La situation est encore aggravée du fait que le VTA de 20° de la Kiseki, plus fermé que de coutume, oblige à légèrement baisser l’arrière de la cellule pour un réglage optimal. Il en va de même pour la Blue NS, mais son levier plus long ne provoque pas le même désagrément. Le suivi de piste est par contre au dessus de tout reproche. Une fois calées dans le sillon, elles suivent leur route sans broncher et abordent les plus fortes modulations stoïquement.

On retrouve avec la Purple Heart NS les mêmes qualités que la Blue NS tout en ayant immédiatement la sensation de voyager en classe supérieure. Avec l’amortissement supplémentaire procuré par le corps en bois de la Purple Heart NS, on pourrait s’attendre à plus d’emphase dans la restitution. Il n’en est rien. La Kiseki est toute aussi précise mais gagne en délié. Leur étonnante capacité à rendre compte de l’acoustique du lieu d’enregistrement est un autre point fort de ces deux cellules. Mais à ce jeu, la Purple Heart NS se révèle encore plus naturelle que la Blue NS. Elle repousse littéralement les murs, sans artifices, alors que la Blue NS peu paraître parfois mécanique dans sa reconstruction de l’espace avec des plans trop soulignés, manquant du liant qu’apporte sa grande sœur. La précision, l’absence de distorsion et le pouvoir de séparation des canaux dont elles font preuve creusent ici l’écart avec d’autres cellules de prix équivalent.

Sur le Ben Webster “Saturday Night At The Montmartre”, la Purple Heart NS réalise un travail remarquable sur les ambiances de salle. On entend et ressent physiquement la présence du public de manière très naturelle avec des plans parfaitement identifiables et une remarquable aération. Le rendu de la réverbération naturelle du lieu est étonnant. La performance se déploie largement au delà des enceintes, créant une image dont la stabilité n’est jamais prise en défaut, même sur les passages les plus modulés. Ceux qui apprécient une retranscription en 3D et une grande lisibilité tiendront là une superbe performeuse.
Les capacités dynamiques de la Purple Heart NS sont également du même niveau que la Blue NS, mais le grave, tout aussi puissant que celui de la petite bleue, semble encore mieux intégré.
Malgré le changement de matériau, on retrouve une nouvelle fois le même équilibre et un niveau étonnant aux deux extrémités du spectre. La puissance de l’aigu, quand elle est associée à des enceintes capables de puissance acoustique dans cette gamme de fréquences comme les Apogee et leur grand ruban, permet une restitution des plus réaliste des cymbales (entre autres) qui rayonnent énormément d’énergie avec un superbe dégradé harmonique qui se prolonge jusqu’à son extinction naturelle.
Sur “Perfect Day”, la voix de Lou Reed est d’une justesse remarquable. La restitution est encore une fois très physique, mais manque aussi à certains moments de raffinement. C’est précis, très fouillé, mais un peu plus de délicatesse aurait parfois été souhaitable. Sur “Walk On The Wild Side” par contre, on atteint la perfection. La voix est posée et parfaitement timbrée. Les choristes sont reproduites avec une acuité remarquable malgré les effets du mixage. Le saxophone et la basse sont impeccables.
Le comportement de la cellule sur les trois bras est identique à celui de la Blue NS et l’association devra être choisie en fonction de l’équilibre global de son système. Si aucune compensation n’est nécessaire, le Viv Lab est le choix qui s’impose. C’est aussi le plus cher des trois…
Un rapide essai avec le superbe Reed 3P dans sa version 12“ a quant à elle tourné court pour cause de restitution lente et empâtée… De toute évidence, la Purple Heart n’apprécie pas les bras lourds.

Au moment du choix

Avec la Blue NS et la Purple Heart NS, Kiseki nous offre deux cellules qui, si elles appartiennent clairement à la famille sonore des Koetsu, possèdent leurs propres personnalités. Choisir entre les deux modèles n’est pas simple. Budget mis à part, elles possèdent toutes deux un côté très attachant et, même si la Purple Heart se révèle plus aboutie que sa petite sœur, le côté sur vitaminé de la Blue, l’étrange mélange de Jansénisme extraverti qu’elle propose la rend également tout aussi attirante.

Ces deux Kiseki sont très bien placées dans leurs gammes de prix respectives. Moins analytiques qu’une Lyra ou qu’une Van Den Hul, mais aussi moins “grasses” qu’une SPU, elles représentent un excellent compromis entre les écoles modernes et anciennes en étant aussi à l’aise sur les gravures actuelles que sur les enregistrement plus anciens. C’est rarement le cas des cellules récentes de haute compliance. Au final, le choix se fera certainement au regard de leur façon assez “monitoring” de retranscrire les voix. Une manière neutre et juste qui m’a séduit mais qui pourra peut-être laisser sur leur faim les amateurs à la recherche de la petite touche veloutée que l’on attribue généralement au son des tubes. Pour ma part, je pourrais aisément vivre avec l’une comme avec l’autre. L’association avec le bras Reed 9″ fonctionne très bien dans un système dynamique et transparent, alors que l’Ortofon sera un choix juducieux dans un ensemble demandant à être réveillé. Le Viv Lab mettant tout le monde d’accord. Maintenant c’est à vous de choisir.

Eric Charlot

 

Les idéogrammes japonais appliqués sur les corps des cellules signifient « Kiseki », ce qui se traduit en français par « Le miracle ».

 

CARACTERISTIQUES TECHNIQUES KISEKI BLUE NS
Corps : aluminium, longueur 25 mm
Cantilever : Boron 0,28 mm de diamètre
Pointe :
diamant profil line-contact
VTA :
20°
Poids :
8 g
Niveau de sortie :
0,44 mV à 5cm/s
Impédance interne :
40 ohms
Réponse :
20 à 25 000 Hz ± 1dB
Equilibre des canaux :
0,4 dB
Séparation des canaux :
35 dB à 1kHz
Suivi de piste à 315Hz pour une force d’appuis de 2,4 g :
80 μm
Compliance dynamique :
16 μm/mN
Charge recommandée :
400 ohms
CARACTERISTIQUES TECHNIQUES KISEKI PURPLE HEART NS
Corps : bois Purple Heart, longueur 30 mm
Cantilever : Boron 0.3 mm de diamètre
Pointe : diamant profil line-contact
VTA : 20°
Poids : 7 g
Niveau de sortie : 0,48 mV à 5cm/s
Impédance interne : 42 ohms
Réponse : 20 à 30 000 Hz ± 1dB
Equilibre des canaux : 0,2 dB
Séparation des canaux : 35 dB à 1kHz
Suivi de piste à 315Hz pour une force d’appuis de 2,6 g : 80 μm
Compliance dynamique : 16 μm/mN
Charge recommandée : 400 ohms

PRIX PUBLIC
Kiseki Blue NS : 1850 € | Kiseki Purple Heart NS : 2850 €

SYSTEME MIS EN ŒUVRE
Source : Thorens TD-124 Schopper-Swissonor, Feickert Blackbird, Ortofon RS-212D 9″, Viv Lab Rigid Float 9″, Reed 2A 10″, Reed 3P 12″, EMT XSD15, Denon DL-103 Modifiée, Miyajima Shilabe
Préampli-phono : Aurorasound Vida
Préamplificateur : Electrocompaniet EC 4.8
Amplificateur : Jeff Rowland 8Ti HC
Enceintes : Apogee Duetta Signature, Isophon Europa 75th
Câbles : Apogee (numérique), Nordost, MPS (phono), Charlin, O2A (modulation), Analysis Plus Solo Crystal Oval 8 (HP), Charlin (secteur)
Filtre secteur : Transformateur d’isolement

Site constructeur : www.kiseki-eu.com
Importateur France : www.fusion-acoustic.com

 

Sélection d’enregistrements utilisés pour l’écoute
Tina_Turner_Olympia_1971.jpg Ben-Webster-Saturday-Night-At-The-Montmartre.jpg Led-Zepplin-Made-In-Japan.jpg Lou-Reed-Transformer.jpg
Ike & Tina Turner
Live In Paris
Olympia 1971
Liberty – Vinyle
Ben Webster
Saturday Night At The Montmartre
Black Lion Records – Vinyle
Deep Purple
Made In Japan
Purple Records – Vinyle
Lou Reed
Transformer
RCA Victor ‎– Vinyle