Filtre secteur Furman AC-210A E

«La musique, c’est ce qu’il y a entre les notes» I. Stern

Firman AC 210 E
 

Un très réputé constructeur américain de câbles me disait récemment que s’il devait donner un conseil pour optimiser un système audio, il recommanderait de débuter par le traitement secteur, puis les supports des électroniques et enceintes, pour finir par choisir les câbles les plus adaptés. L’optimisation devant selon lui absolument se faire dans cet ordre…

Une méthode que j’ai moi-même adoptée depuis de nombreuses années et qui m’a souvent permis de constaté qu’une fois l’alimentation secteur correctement traitée, il arrivait que les différences entre différents câbles devenaient parfois très relatives . Les bienfaits d’un traitement secteur performants sont maintenant bien connus, et l’état du 230 V disponible dans nos logements, résultant de la multiplication des appareils domestiques, des alimentations à découpage et des appareils numériques, de la généralisation des émissions HF liées aux téléphones portables, aux réseaux Wifi, à la TNT, etc. est loin de s’améliorer. Et pourtant, le traitement du secteur est un point souvent négligé lors de l’assemblage d’un système se voulant performant. Si le fait de tirer une ligne de forte section réservée à l’audio assure que toute la chaîne travaille dans de bonnes conditions, cette solution ne règle pourtant rien quant à la qualité de la tension qui y circule et des problèmes de bruit générés par la mise en commun des masses des différents appareils qui y sont connectés ou de la présence d’éventuels champs magnétiques néfastes. Pour améliorer la chose, une isolation par transformateur peut être un bon début. Un blindage ainsi qu’un filtrage des harmoniques indésirables est encore mieux, et une régulation peut aussi s’avérer bénéfique sur certaines électroniques sensibles. Enfin, la séparation des masses sera décisive dans la chasse au meilleur rapport signal/bruit. Le problème de tous ses dispositifs est que l’on n’a rarement conscience de leur apport tant que l’occasion ne nous a pas été donnée de le vérifier sur son propre système et, compte tenu de leur coût souvent élevé ou de leur apparence peu sexy, ils restent ignorés la plupart du temps. En dehors des milieux professionnels, il faut bien reconnaître que le traitement secteur (à l’instar du traitement acoustique) semble n’avoir jamais vraiment passionné l’audiophile lambda, et pourtant… Ceux qui ont fait l’effort d’essayer chez eux une solution de traitement efficace s’y sont généralement convertis, définitivement.

Furman_Grateful_Dead.jpg

J. Furman et les Grateful Dead

Furman Sound est né en 1974 en inventant, réparant ou modifiant le matériel de studios d’enregistrement et de différents groupes de rock. C’est le célèbre Grateful Dead qui assura la reconnaissance de la marque en étant son plus fidèle et plus important client. Le premier produit de traitement secteur mis au point par la société fut le Furman PL-8 qui vit le jour en 1985 (photo ci-dessous). Mais il aura fallu encore quelques années pour que le constructeur finisse par s’intéresser au milieu audiophile et home cinéma en proposant des produits plus adaptés à une utilisation domestique. L’Elite-10 Ei est d’ailleurs le descendant direct du PL-8 qui reste le best seller de la marque. Furman_Sound_PL-8.jpg Le catalogue est vaste et propose des produits de performances, de capacités et d’utilisations différentes et complémentaires permettant d’élaborer une solution sur mesure adaptée à chaque cas. Si j’ai choisi de m’intéresser à l’entrée de gamme AC-210A E, ce n’est pas pour son look aguicheur, mais pour son tarif très abordable de 225 €. Il faut dire que la société ayant bâti sa réputation sur le marché professionnel, on peut être à peu près assuré que les coffrets dispendieux, la poudre de perlimpinpin et les tarifs excessifs n’entrent pas dans les recettes du constructeur… Le Furman AC-210A E a plus ou moins la taille d’une grosse cassette VHF (pour ceux qui s’en souviennent) ou d’une boîte de Cohiba Esplendidos (pour ceux qui n’ont pas encore arrêté). Il pourra de ce fait être installé au plus près des appareils à traiter. Il est d’ailleurs livré avec deux équerres permettant de le fixer derrière un meuble ou à un rack et qui permettront également l’utilisation de câbles de forte section malgré son poids ultra-light. Si l’AC-210A E est aussi léger c’est que son circuit baptisé LiFT (filtrage linéaire) utilise des selfs toriques en lieu et place des lourdes et volumineuses inductances de filtrage que l’on rencontre habituellement. Le schéma LiFT supprime le pique de résonance (problème bien connu des concepteurs d’enceintes) des filtres habituels pour aboutir à un filtrage plus efficace et d’un meilleur rapport signal/bruit. Suite à des essais comparatifs avec deux autres filtres de conception classique (inductances + condensateurs X2), je dois avouer que la différence ne m’a pas « sautée aux oreilles » et l’apport des trois appareils peut être considérée comme similaire sur tous les critères. Sauf un. C’est en effet au niveau du bruit généré par les appareils eux-mêmes que les différences se sont révélées flagrantes ! Car, comble du paradoxe, si les filtres classiques savent parfaitement muselé les bruits parasites du secteur, le bobinage de leurs inductances, en vibrant au rythme de la fréquence du secteur, produit généralement un bourdonnement qui peut très vite devenir agaçant si le filtre n’est pas suffisamment éloigné du point d’écoute. Le silence est par contre absolu du côté du Furman. Son positionnement ne poser aucun problème. Furman-AC210A-E-circuit.jpg Mais « c’est pas fini » ! Le Furman AC-210A E gratifie son propriétaire de quelques raffinements supplémentaires avec une isolation évitant la contamination par la terre des appareils raccordés et une protection multi-étages contre les surtensions. Cette dernière, dénommée SMP-EVS, est capable d’encaisser, selon le constructeur, des pics de tension de 3000 V ou des courants de 3000 A. Elle n’est pas sacrificielle et le contact est automatiquement rétabli une fois le danger passé. Deux leds indiquent l’état du filtre. Si l’ AC-210A E élimine les harmoniques indésirables véhiculé par le secteur, il ne pourra pas lutter contre celles générées par les électroniques qui lui sont raccordées. Il faudra donc veiller à ne pas mélanger sur un même filtre, matériel numérique ou analogique travaillant à partir d’alimentations à découpage et matériel purement analogique, sous peine de pollution mutuelle et d’annulation de l’effet bénéfique du Furman. Les deux familles d’électroniques devront êtres traitées par deux AC-210A E distincts. Si vous souhaitez débuter avec un seul AC-210A E il faudra procéder à des essais pour vérifier là où il sera le plus efficace, même s’il y a de fortes chances pour que ce soit en étant raccordé aux sources numériques. Pour des installations plus complexes, il sera peut-être plus avantageux de s’orienter vers d’autres références du constructeur, équipées de sorties isolées dédiées au numérique et à l’analogique, comme le Furman Elite-10 Ei ou Elite-16 PF Ei.

Furman-AC-210-AE.jpg

Comment perdre 10 dB sans effort et sans vous priver !

Chacun a vécu cette expérience : on coule des jours heureux avec son système jusqu’au jour où un ami débarque avec une électronique ou un bout de câble qui remet soudain tout en question. Insoupçonnable jusque là, l’amélioration est telle que l’on se surprend à « redécouvrir son système » et, au passage, à envisager de se délester de quelques billets… le tout accompagné d’un sourire béat. C’est exactement ce qui risque de vous arriver avec le Furman AC-210A E car, s’il est incapable de transformer une petite Harbeth en Grande Utopia, la différence peut être suffisamment sensible pour que tout retour en arrière soit exclu. A l’écoute, il est évident que l’ajout du Furman contribue de manière significative au recule du bruit de fond dont le niveau est souvent difficilement quantifiable pour l’auditeur tant qu’une comparaison A/B n’est pas effectuée. L’arrière plan se fait plus silencieux et, par contraste, les nuances les plus fines se font jour. La restitution semble plus aisée, plus détendue, en un mot : plus naturelle. Il n’est pas nécessaire de multiplier les écoutes pour prendre conscience du gain, qui se ressent dès les premières secondes. Celui-ci est même aisément vérifiable. Il suffit d’une écoute au casque, à partir de la sortie d’un DAC Asus, de cloches enregistrées successivement à -50, -60 et -70 dB. Sans filtrage et le volume réglé au maximum, on entend distinctement la frappe de la cloche, alors que l’extinction de la note est artificiellement écourtée dans les deux premiers cas (beaucoup plus rapidement à -60 dB). Par contre, aucun son n’est audible à -70 dB. En intercalant le filtre Furman AC-210A E entre la prise secteur et l’alimentation du DAC Asus et celle du MacBook Air, les cloches deviennent perceptibles sur les trois extraits, le niveau subjectif à -70 dB étant devenu identiques à l’extrait à -60 dB sans filtrage du secteur, avec une extinction abrégée sensiblement au même moment. Sur cet extrait spécifique, le filtre Furman AC-210A E nous permet donc de gagner 10 dB de rapport signal/bruit ! A quoi bon des sources capables de 120 dB de plage dynamique quand le bruit engendré par le secteur les limite à 60 dB utiles ?

Si vous souhaitez vérifier le rapport signal/bruit réel de votre propre système, vous pouvez télécharger ci-dessous les fichiers audio au format FLAC utilisés pour le test du Furman AC-210A E :

Cloches_-50dB.flac Cloches enregistrées à -50 dB

Cloches_-60dB.flac Cloches enregistrées à -60 dB

Cloches_-70dB.flac Cloches enregistrées à -70 dB

 

L’amélioration se retrouve aussi de façon évidente sur le titre My Man interprété par Shirley Horn (Violets For Your Furs – Steeple Chase Productions SCCD 31164) produit à partir d’un master analogique. Avec le filtre en place les conversations du public, au début du morceau, deviennent plus distinctes et l’on parvient même à saisir quelques mots, alors qu’elles étaient auparavant difficiles à isoler du bruit de fond et masquées par le piano. Ce dernier est lui-même plus présent avec un touché plus franc et un meilleur respect du dégradé harmonique, tout comme la voix de la chanteuse qui gagne en précision et en naturel. Ce Furman me rappelle un anti jitter Monarchy Audio acquis il y a plus de vingt ans. Une petite boîte noire peu chère mais qui se révéla être un des meilleurs achats de ma vie d’audiophile, et dieu sait qu’ils furent nombreux ! Pour une somme dérisoire, le drive VRDS et le convertisseur que j’utilisais à l’époque se trouvèrent transformés d’une manière que je ne pouvais imaginer. De la même façon, ce que peu apporter l’AC-210A E à un ensemble hifi est inversement proportionnel à son prix et à son encombrement… Si Furman le présente comme parfait pour « les installations nécessitant un conditionneur secteur sophistiqué dans des endroits discrets ou éloignés du rack d’équipement principal », il me paraît également constituer une solution économique et efficace pour ceux qui ne disposent pas du budget nécessaire à l’installation d’un appareil de la série Elite. En faisant l’acquisition de deux AC-210A E, il est même possible de traiter de manière isolée deux sous-ensembles analogiques et numériques pour un tarif qui reste inférieur à l’entrée de gamme Elite-10 Ei. Furman_AC-210A_E_review.jpg Comme le traitement acoustique, le traitement du secteur fait parti de ces remèdes qui paraissent inutiles tant que l’occasion ne nous a pas été donnée de prendre conscience de la maladie. Construire sur une base saine est pourtant le moyen le plus sûr d’éviter de futurs et bien souvent onéreux tâtonnements. Deux écoles s’affrontent malgré tout avec d’un côté les tenants du « no-filtre » et, de l’autre, les inconditionnels du conditionnement secteur. Si les deux positions sont respectables d’un point de vue « philosophique », au final c’est l’oreille qui reste juge. Pour ma part, j’ai choisi depuis longtemps ma religion dont le premier commandement pourrait être : « Transformateur d’isolement et filtres tu emploieras ». Pour quelle raison ? Simplement parce que j’ai toujours obtenu de meilleurs résultats avec que sans… Aussi peu tape-à-l’œil qu’efficace, de prix très raisonnable, le Furman AC-210A E est loin de n’être qu’un accessoire. Il constitue le socle indispensable sur lequel doit s’élaborer tout système haute fidélité digne de ce nom.

Eric Charlot

 

CARACTERISTIQUES TECHNIQUES DU FILTRE FURMAN AC-210A E
Capacité en courant : 10 A
Caractéristiques : Protection contre les surtensions EVS (non sacrificielle) à réarmement automatique, filtrage linéaire LiFT, protection contre la contamination par la terre, protection multi-étage en série SMP
Dimensions : 216 x 45 x 127 mm
Poids : 1,36 kg
Finition : Noir

 

PRIX PUBLIC
Furman AC-210A E : 225 €

 

SYSTEME MIS EN ŒUVRE
Source : Drive 3D Lab Oppo, MacBook Air/iTunes 11.1.3/Pure Music, Thorens TD-124 Schopper-Swissonor, Ortofon RS-212D, EMT XSD15
Préampli-phono : Musical Fidelity ViNL
Préamplificateur : Electrocompaniet EC 4.8
Amplificateur : Jeff Rowland 8Ti HC
DAC : Hegel HD25, Asus Xonar Essence One
Casque : Grado RS 1i
Enceintes : Apogee Duetta Signature, Isophon Europa 75th
Câbles : Apogee (numérique), Analysis Plus Solo Crystal Oval XLR (modulation), Analysis Plus Solo Crystal Oval 8 (HP), Analysis Plus Power Oval 2 (secteur)
Filtre secteur : Furman AC-210A E
 

Site constructeur : www.furmansound.com
Importateur France : www.bwgroup.fr